C'est la rentrée, une occasion d'évoquer les livres qui furent vos compagnons de vacances.

Je vous ferai partager  bientôt dans cette page les livres que j'ai lus ou relus durant la trève estivale :

"Règne animal", "le procès de Socrate", "la 25 ème heure", "Moi Pierre Quémeneur", "Gravé dans le sable" ...et quelques autres qui sont autant de témoignages de notre société humaine ...

Un grand thriller historique sur l’un des épisodes les plus marquants du XXe siècle, doublé d’une réflexion mélancolique sur la fin de l’innocence.

On connaît l’acuité de l’intelligence de Marc Dugain dès lors qu’il s’agit d’ausculter les arcanes du pouvoir, les sphères enchevêtrées de la politique, de l’économie et du renseignement qui décident de la marche du monde. Il en a fait la matière de nombre de ses romans, prouvant par ailleurs, dans d’autres fictions, notamment Avenue des Géants (2012), que sa capacité à pénétrer la psyché humaine n’a rien à envier à sa sagacité intellectuelle. Toutes ces armes, il les a rassemblées, affûtées à l’extrême, pour écrire ce grand thriller historique, politique et métaphysique, qui, d’une rive à l’autre de l’Atlantique, embrasse l’histoire du second xxe siècle, cristallisée autour du double assassinat de JFK et de son frère Bobby.

Plusieurs thèses s’affrontent, depuis les années 1960, autour des deux wonder boys de la famille Kennedy foudroyés en plein vol à quatre années d’écart : tueurs solitaires ou vaste complot ourdi par « une conjuration de forces totalitaires et mafieuses » ayant opéré, par ce double crime, un extraordinaire et glaçant coup d’Etat clandestin afin de mettre la main sur la première puissance démocratique mondiale. Tenant de la seconde thèse, le narrateur pleinement contemporain du roman de Marc Dugain, un professeur d’université englué dans une carrière médiocre, ajoute au puzzle des indices une pièce personnelle : il est convaincu que la mort (violente) de ses père et mère est un dommage collatéral des assassinats de Jack et Robert Kennedy. Ce narrateur, aussi exténué que tenace, est l’un des deux personnages centraux du roman. L’autre, plus crucial, c’est Robert Kennedy, en deuil de son aîné et bientôt convaincu qu’il connaîtra le même sort fatal. Un homme tourmenté par nature — « il s’en veut de son incapacité à se réjouir, de n’être motivé que par ses colères, de ne trouver de sérénité en rien […], de vivre comme ces adolescents insatisfaits que rien ne contente et qui gardent sur le visage la rancune de tout avoir eu trop vite » —, dont Marc Dugain fait un admirable héros tragique, pris au piège, lesté par son hérédité, oppressé par le destin qu’il pressent, hanté par les forces contraires de l’ambition et du devoir, du ressentiment et de la morale.

Entrecroisant les temporalités, changeant sans cesse de focale pour naviguer entre l’intimité de ses personnages et le regard d’ensemble sur l’époque, jouant avec le motif de la paranoïa pour en faire le moteur funambulesque de la narration, Marc Dugain construit un grand roman tout ensemble palpitant, poignant, méditatif. Drapé, d’un bout à l’autre, d’une intense mélancolie — celle qui éclot lorsque s’achève l’innocence, lorsque meurent les utopies.

Ed. Gallimard, 400 p., 22,50 €.

Telerama n°3528

Mémoires : de Jean Monnet

Celui qui est généralement considéré comme l'un des "pères de l'Europe" est finalement assez méconnu. Il est vrai que disparu en 1979, il ne fait pas partie de ces hommes politiques -qui ont encombré les radios et les télévisions. Cependant ce haut fonctionnaire international, qui passa une bonne partie de sa vie aux Etats-Unis, comme homme d'affaires mais aussi comme agent d'influence des intérêts américains. Paradoxalement, cet homme originaire de la région de Cognac d'une famille de négociants de cognac gagnera beaucoup d'argent durant la prohibition... Organisateur né, pratiquant l'anglais, habitué à fréquenter les hommes d'affaires il jouera un rôle essentiel durant la première guerre mondiale, puis lors de la seconde guerre étant convaincu dès le début que l'issue de la guerre serait la victoire des alliés sur les nazis.

Voici d'ailleurs ce que disait Jean Monnet " ce dont je suis certain, c'est que Churchill et Roosevelt ont gagné pour avoir fait appel chez eux et dans le monde aux sentiments profonds de liberté qui justifiaient tous les sacrifices"

L'effort demandé par Roosevelt aux Américains, et la célèbre phrase de Churchill " Je n'ai rien d'autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur " sont l'illustration de ce que peuvent faire les démocraties lorsqu'elles sont en danger mortel. Faudra-t-il attendre que nous soyons dans une pareille situation pour comprendre que la démocratie est une fleur fragile qui exige des soins permanents. Alors que nous vivons des temps troublés il n'est pas inutile de lire ou relire ces mémoires qui portent sur le XXème siècle un regard aigu et nous renvoie vers un passé qu'il ne faut surtout pas oublier.

"Notre ennemi le capital"  de Jean Claude Michéa

Il existe encore, heureusement, quelques penseurs libres dans leur tête et imperméables au bourrage de crâne ambiant. Jean-Claude Michéa fait partie de ceux-là. Situé à des années-lumières des sophistes de Saint Germain-des-Près, du gominé Bernard Henri-Lévy à la momie Alain Duhamel, il vient de publier un brûlot à charge contre ce colosse aux pieds d'argile qu'est le capitalisme "triomphant".

Les premières notes de lecture insistent sur les trois parties de son exposé, axées sur un diagnostic allié à des ébauches de solutions concrètes. Une suite au complexe d'Orphée et à l'empire du moindre mal, avec des pistes de perspectives.

Tout d'abord, Michéa revient sur les zélateurs de la révolution libérale opérée depuis la chute du mur de Berlin. Il ne s'attarde pas sur les fossiles conservateurs tendance figaro-magazine, dont l'audience se limite à l'électorat traditionnel de la droite. Il préfère insister sur les fossoyeurs du mouvement populaire, ces tartuffes qui ont perverti la gauche ouvrière pour se retourner vers le capitalisme le plus dur, en prenant appui sur la construction européenne, voulue par les banques et non par les peuples.

Cette gauche "libérale", qui a abandonné l'économie au service de tous pour se tourner vers les écrans de fumée que sont les questions sociétales, est la pierre angulaire du capitalisme français. De Fabius à Macron, nos soldats de la cause du CAC 40 ont énoncé l'antiracisme, le communautarisme, le féminisme et autres concepts pour ne plus parler de l'essentiel, la répartition des richesses. Il consacre un chapitre à démonter l'idée pervertie de "progrès", qui ne profite pas à l'ensemble des masses populaires.

Michéa analyse ensuite les nouveaux mouvements politiques alternatifs en sortant des clivages dépassés datant de la guerre froide. Il appelle à rassembler la grande majorité des couches populaires dans un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste, en rappelant qu'une grève générale de la consommation, pacifique, suffirait pour faire s'écrouler le système bancaire.

En fin de compte, il remet en cause le mirage d'une "fin de l'histoire" avec cet empire de compromis qu'est le libéralisme économique, qui pourtant ne profite qu'à quelques uns au détriment du plus grand nombre et de l'intérêt général.

L'ouvrage de Michéa est à lire, pour comprendre et discuter, mais aussi pour agir...

Malaussène revient avec Daniel Pennac  !!!

si vous avez aimé la série des Malaussène, vous ne manquerez pas de suivre les nouvelles aventures....

Résumé :

"Ma plus jeune s?ur Verdun est née toute hurlante dans La Fée Carabine, mon neveu C'Est Un Ange est né orphelin dans La petite marchande de prose, mon fils Monsieur Malaussène est né de deux mères dans le roman qui porte son nom, ma nièce Maracuja est née de deux pères dans Aux fruits de la passion. Les voici adultes dans un monde on ne peut plus explosif, où ça mitraille à tout va, où l'on kidnappe l'affairiste Georges Lapietà, où Police et Justice marchent la main dans la main sans perdre une occasion de se faire des croche-pieds, où la Reine Zabo, éditrice avisée, règne sur un cheptel d'écrivains addicts à la vérité vraie quand tout le monde ment à tout le monde.
Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle."
Benjamin Malaussène.

Un commentaire vu sur INternet  (Babelio) "Quand je pense qu'un type pareil a servi de modèle à un personnage de roman ! Et que pendant toute mon adolescence ce personnage a fédéré le bas monde de la lecture d'agrément ! La coqueluche de ces années-là ! Malaussène par-ci, Malaussène par-là, il n'y avait pas moyen d'y échapper. (...)"
Si les personnages de la saga Malaussène ont vieilli (les enfants sont devenus de grands adolescents, Maman est dans un EHPAD, Julius le chien épileptique est mort, etc.), la langue de Pennac est toujours aussi verte et vigoureuse. Quel plaisir de retrouver cette faconde, cet art de conter qui se joue de toutes les attentes...
Daniel Pennac aura mis le temps : Aux fruits de la passion date de 1999 ! Il nous revient en pleine forme. Humant l'air du temps, il ironise sur la littérature actuelle (les auteurs de la "Vérité Vraie" en prennent pour leur grade), les ONG humanitaires devenues des gadgets pour CV, les sportifs mafieux ou la gauche française à bout de souffle.
Le lecteur jubile de retrouver le grand Benjamin, bouc émissaire de métier, entouré de sa smala fellinienne, à nouveau trempé jusqu'au cou dans une affaire de kidnapping aux retombées peut-être internationales. L'écriture de Pennac manie habilement les mises en abyme : qui écrit quoi ? le véritable auteur de l'ouvrage qu'on ne parvient plus à lâcher est-ce l'ancien commissaire divisionnaire Coudrier (devenu le biographe de Malaussène), le désagréable Alceste, avatar d'Édouard Louis, dont le dernier opus s'intitule Ils m'ont menti ou encore la Reine Zabo elle-même sur la base de sources encore non identifiées ? Mystère et boules de gomme... Quoi qu'il en soit, le divertissement est jouissif !
Vite la suite ! (Leur très grande faute)

La Planète au pillage est un livre de Fairfield Osborn, paru en 1948, sur la destruction de la planète par l'humanité.

En 2008, l'ouvrage a été réédité avec une préface de Pierre Rabhi aux Éditions Actes Sud

Selon le Dictionnaire de la pensée écologique, le thème central de La Planète au pillage (paru peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale) est que :

« la lutte implacable que l'homme mène contre la nature peut, plus que les guerres elles-mêmes, compromettre la survie de l'espèce humaine. »

  • Eleanor Roosevelt (1884-1962) : « Ce livre rend certains faits fondamentaux clairs comme du cristal et il intéresse non seulement notre peuple mais tous les peuples du monde2. »
  • Aldous Huxley (1894-1963) : « Puisse ce livre retenir l’attention qu’il mérite absolument par la portée suprême du sujet et la lucidité du style2 ! »
  • George Stapledon (en) (1882-1960) : « C'est à peine s’il parle de politique et cependant il pénètre au centre même des troubles actuels du monde et jusqu'aux bases d’avenir de la vie et de la civilisation humaines sur cette terre2. »
Albert Einstein (1879-1955) : « On sent d’une façon aiguë en lisant ce livre la futilité de la plupart de nos querelles politiques comparées avec les réalités profondes de la vie2.

Dans la disruption

 

Comment ne pas devenir fou ?

 

Pourquoi notre monde est-il en train de devenir fou ? Bernard Stiegler commet ici son livre fondamental sur les ressorts d’une société au bord de l’effondrement.

 

Avec la connexion planétaire des ordinateurs, des smartphones et des foules que tout cela forme, les organisations sociales et les individus qui tentent de s’approprier l’évolution foudroyante de la technologie arrivent toujours trop tard. C’est ce que l’on appelle la disruption. Cette immense puissance installe un immense sentiment d’impuissance qui rend fou.

 

Elle voyage depuis l'origine du Temps.

     Sous le sceau du secret, le Christ en a parlé à ses disciples.
     De la Chine à l'Europe, elle a pesé sur le destin des empires.
     Elle a élu domicile dans les milliards de mémoires connectées au Web.
     Un seul être peut décider de sa survie ou de sa disparition. Il ne le sait pas, pourtant il la connaît mieux que quiconque. Il s'appelle Calvin, il n'a pas encore vingt ans.

 

     Jean-Michel Truong, 48 ans, a fondé la première société européenne d'Intelligence artificielle. Depuis 1991 il vit en Chine où il conseille des entreprises de haute technologie. Son premier roman, Reproduction interdite, a connu un immense succès.

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d'élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d'une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste... Un roman inquiet et mélancolique qui constate l'inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu'on meure pour elles.

Le Complot contre l'Amérique1 est une uchronie se déroulant dans les années  1940 aux Etats-Unis. Le narrateur, qui porte le nom de Philip Roth, décrit ses souvenirs d'enfant issu d'une famille juive du New Jersey. En 1941, le Président Franklin Delano Roosevelt n'a pas été réélu et c'est l'aviateur, sympathisant du régime nazi et membre du comité America First, Charles Lindbergh qui est devenu président des États-Unis au terme d'une campagne teintée d'antisémitisme et axée principalement sur le refus de voir l'Amérique prendre part au conflit qui ravage l'Europe. Une fois arrivé au pouvoir, Lindbergh s'empresse de conclure avec Hitler  un pacte de non-agression.

En 1959, à Holcomb, Kansas, deux jeunes truands tuent, sans mobile apparent, quatre membres de la famille d'un fermier. Capote, tombant sur l'article traitant de ce crime, décide de relater cette histoire avec la plus grande précision. Pour cela, il quitte New York et part s'installer quelque temps à Holcomb, afin de recueillir le maximum d'informations sur la façon dont s'est déroulé le crime. Il recueille donc le témoignage et l'avis de la population et des autorités locales, et surtout il rencontre et interroge les assassins eux-mêmes dans leur cellule.

Capote commence par décrire le lieu du crime, une petite ville de la Bible Belt. Tous les protagonistes sont ensuite présentés, grâce aux témoignages recueillis et divers documents consultés par l'auteur. Viennent ensuite la traque des criminels et la reconstitution du crime au travers des témoignages des enquêteurs et des criminels.

Le texte s'intéresse particulièrement à la psychologie des deux jeunes criminels. Capote décrit l'étrange processus qui mène de simples marginaux, rongés par une multitude de démons intérieurs, à un quadruple meurtre. Un autre sujet qui fascine l'auteur est la façon dont une petite communauté sans histoire vit une telle tragédie.